Enterrer son téléphone portable

Peut-être vous êtes vous déjà posé des questions sur les formidables
possibilités de surveillance rendues possibles par l’existence dans notre
environnement des téléphones mobiles et des antennes nécessaires à leur
fonctionnement… L’agent KR nous dit tout, en répondant aux questions de
Martin Godard.

Entretien avec l’Agent KR :

Enterrer son téléphone portable

Propos écoutés et retranscris par Martin Godard

L’agent KR est un ami : il travaille à la sous-division R ou P de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Il livre ici en exclusivité, et peut-être à son insu, quelques conseils pratiques pour se tenir à l’abri de ses collègues.

Le téléphone mobile est-il un progrès?

Incontestablement. Il nous fournit une porte d’accès, toujours ouverte, vers 90% de la population. Tout le monde a aujourd’hui un petit peu de nous-mêmes dans sa poche. Vous pouvez avoir l’esprit mal placé et voir Big Brother partout… Moi, je suis positif : c’est extrêmement rassurant pour l’avenir de notre pays.

Comment procédez-vous?

La consultation du journal détaillé des appels et SMS, les fameuses fadettes, est le b.a-ba. Elles peuvent être obtenues en une heure… Il existe des règles quant à leur communication, certes, mais cela fait partie de notre métier d’avoir les nôtres : nous avons donc des collègues en poste chez tous les opérateurs.

S’il est nécessaire d ‘en savoir plus, les données de géolocalisation sont fournies… Un mobile allumé communique en effet en permanence à son réseau où il se trouve. Le tout est très précis!… Comme il est probable que le propriétaire ne soit pas très loin, on peut le suivre dans l’espace mais aussi identifier tous les autres téléphones à proximité, ses éventuels contacts. Pour les clients les plus intéressants, un logiciel maison permet d’obtenir à partir d’un simple numéro la liste des caméras de surveillance publiques et privées croisées afin de récupérer des images.

Avez-vous encore le temps d’écouter?

L’écoute est fondamentale dans une relation suivie. Techniquement, elle est d’une simplicité enfantine : chacun des appels ou SMS est enregistré par l’opérateur puis analysé chez nous, intégralement ou à partir de mots-clés. Il nous est aussi possible de consulter les historiques de navigations Web et les mails d’un smartphone… Un service entier de la sous-direction R y travaille.

Pour des écoutes de terrain plus localisées, les équipes travailles avec des appareils de type « IMSI catcher ». Il s’agit d’une unité transportable, qui peut se cacher par exemple dans le coffre d’un scooter, et fait croire au mobile qu’elle est une station légitime du réseau. Une fois que le téléphone mobile accepte le catcher comme station, tous les appels passent par lui puis sont relayés au réseau mobile. Vous ne vous apercevrez de rien…

Il existe enfin des mouchards qui transmettent tout, mais il nécessite un accès physique à l’appareil ou une faille de téléphone ou du système d’exploitation. Comme la faille est parfois prévue par leurs concepteurs en bonne intelligence avec les services de renseignement, il serait dommage de s’en passer.

Tout ça est évidemment légal?

Notre existence est légale! Pour les écoutes administratives, on fait une demande à l’opérateur sous le regard de la CNCIS, mais c’est parfois stupide et contreproductif. Chacun sait que l’efficacité d’un service de renseignement dépend de sa capacité à s’affranchir de la loi… Cette partie-là du boulot se fait donc à couvert, du côté du centre de Boullay-les-Troux. Il serait dommage de s’en passer.

Est-il possible de se passer de votre compétence?

Je crains que non… Ou alors enterrer votre portable après lui avoir enlevé sa batterie! Si vous n’êtes pas prêt à une telle extrémité, vous vous exposez… Tout ce qui part sur un réseau mobile est public! Certains pensent être à l’abri en se ruinant avec des téléphones aux cartes SIM exotiques, c’est touchant, mais leurs communications en France se font par le biais d’un réseau partenaire, c’est à dire presque à la maison. D’autres parlent corse… Nous, on se marre. Les professionnels travaillent avec des téléphones cryptés et peuvent mettre en place des réseaux totalement autonomes… Ils ne s’épanchent pas pour autant! Mobile ou pas, dans le métier, la règle n’a pas changé: parler peu, parler codé, utiliser des boîtes aux lettre mortes, toujours préférer se voir.

Quelques mots d’encouragement pour les amateurs?

Evitez d’abord de vous mettre dans la situation où l’on est susceptible de s’intéresser à vous!… Vous n’avez aucune chance. Vous pouvez toujours enlever la batterie de votre mobile quand vous vous rendez à un rendez-vous sensible… Si vous craignez les collègues du privé, avec qui nous échangeons cela dit beaucoup, des modèles à double carte SIM et des petits boîtiers permettant de déjouer les IMSI catchers sont à considérer avec intérêt… Avec un smartphone, pour peu que le wi-fi soit sécurisé, ce qui reste à démontrer, il est préférable de parler via le web avec des outils permettant le cryptage des voix que via un réseau mobile.

Pour beaucoup, la solution classique reste l’utilisation de cartes SIM prépayées… Elle ne vaut que si vous renouvelez aussi le téléphone. N’oubliez pas que la simple connexion d’un mobile implique la transmission au réseau du numéro unique du téléphone (IMEI) et du numéro unique de la carte SIM (IMSI). Si nous faisons le lien entre vous et l’un de ces deux numéros, l’utilisation n’aura plus rien d’anonyme. Une nouvelle carte SIM et un nouveau téléphone tous les quinze jours me semble donc être une base raisonnable pour quelqu’un qui déménage souvent. Sinon, un rythme hebdomadaire s’impose. Bon courage!

Texte extrait du journal ‘9 semaines avant l’élection’, page 2.

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Mercredi 29 février 2012 paraît en kiosque le premier numéro d’un hebdomadaire volontairement éphémère qui comptera neuf numéros et disparaîtra entre les deux tours de l’élection présidentielle : ‘9 semaines avant l’élection’, puis ‘8 semaines avant l’élection’, 7 semaines… jusqu’à ‘1 semaine avant l’élection’.

Cet hebdomadaire ne connaît qu’une consigne : ne parler ni des candidats ni de leur parti. Indépendant, drôle et intelligent, il s’amuse de tous les sujets, s’enflamme, s’inquiète, réfléchit. Aucune caricature donc, aucune basse polémique, un journal enfin loin de la cacophonie électoraliste et de la complaisance des « communicants ».

Site du journal: http://www.9semaines.fr/

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